UNE PETITE FILLE QUI PERD SON DOUDOU



Près de 200 000 "partage" en quelques jours. Et seulement 26 "likes". Parce que personne "n'aime" l'histoire d'une petite fille qui a perdu son doudou ? Parce que le sens du mot "aimer" est compliqué.
Près de 200 000 "share" sur 1,2 milliard d'utilisateurs actifs sur Facebook c'est un peu plus de 0,01%. Si l'on en reste à la France (même si le message a beaucoup été partagé dans d'autres pays francophones), c'est 25 millions d'utilisateurs, donc 0,8% de taux de partage. <mise à jour> Bon en fait l'histoire ne se passe pas en France mais au Canada </mise à jour>
Et c'est parti. La maman de la petite fille va alors nous raconter l'histoire de la recherche du doudou, depuis son compte Facebook. Et recevoir des centaines de mails et de messages. Du storytelling de doudou.



Beaucoup moins de partages, forcément. Juste les vrais "amis" du compte de la maman. Mais la machine à buzz est lancée. D'autant que la photo ne tarde pas à se retrouver aussi sur Twitter.

Et en moins de 24h voilà rien moins que les deux plus grandes communautés numériques de la planète mobilisées pour la recherche de Doudou.

Car tout le monde, enfin en tout cas plein de gens, partagent et retweetent le message. Plein de gens qui n'ont pourtant jamais mis les pieds au Festival des Mongolfières près de St Jean, et n'ont donc strictement aucune chance de retrouver le doudou. Première propriété de la viralité numérique, elle ne fonctionne qu'à N+1.
On ne partage pas, on ne retweete pas l'image d'un Doudou perdu (ou, dans un registre plus dramatique, d'une personne disparue) parce que l'on se trouve physiquement dans un périmètre de proximité, on partage parce que l'on a l'impression de savoir que nos amis feront comme nous, et leurs amis de leurs amis et que dans cette chaîne ininterrompue de relations cette photo finira bien par apparaître sur le profil de l'une de 100 (ou 200 ?) personnes 500 000 personnes qui étaient effectivement présentes au festival de la mongolfière près de St Jean. Deuxième propriété de la viralité numérique, pour en satisfaire un elle doit en atteindre un million.
Si les gens ont partagé cette image c'est aussi parce qu'elle était belle : la petite fille est très jolie, l'image est bien cadrée, la photo parfaitement nette. Troisième propriété de la viralité numérique : le beau se répand plus vite que le laid.
Et puis il y a le sourire de la petite fille, comme une invitation. La photo aurait pu nous la montrer triste, en pleurs, mais là elle sourit ; elle sourit parce qu'elle a compris qu'elle était déjà dans le jeu, qu'ils s'agissait d'un jeu. La photo ne raconte pas l'histoire d'une petite fille qui chercher à retrouver son doudou, la photo raconte l'histoire d'une petite fille qui nous demande de jouer avec elle. Pour retrouver son doudou. L'invitation à jouer peut alors fonctionner à plein régime. Quatrième propriété de la viralité numérique : le joyeux suscite plus d'engagement que le triste. Corollaire : accepter de se prêter au jeu. 

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