TRIERWEILER PILONNE HOLLANDE

Agnès Sorel aurait pu le faire, ou Diane de Poitiers, et – trêve de protestations vertueuses – historiens ou simples amateurs d’histoire(s) se délecteraient depuis des siècles des confidences recueillies sur les oreillers royaux et transmises à la postérité par celles qui avaient eu le douteux honneur de partager la couche et l’intimité de quelques-uns de nos monarques. Que ne donnerait-on pour disposer des Mémoires d’Athénaïs de Montespan, insolente remplaçante de la pauvre La Vallière, avant d’être supplantée auprès du Roi-Soleil puis impitoyablement reléguée dans l’ombre par l’intrigante Françoise d’Aubigné, future Madame de Maintenon. Et Madame de Pompadour, et la Du Barry, et Marie Walewska, et la Castiglione, que d’anecdotes, que de gros tas de secrets, que de turpitudes, que de petitesses elles auraient pu distiller et révéler. Et, si l’on saute deux siècles pour passer à notre temps, elles sont nombreuses et encore parmi nous, celles dont les noms et les liaisons avec des hommes politiques de premier plan, vivants ou morts, sont venus s’ajouter à la très longue liste des maîtresses royales ou présidentielles de notre histoire…
Seulement, voilà, le respect de l’État, des convenances, de leur partenaire, le souci de leur propre dignité, la crainte, parfois, de représailles ou des railleries de l’opinion publique, le sentiment qu’il y a des choses qui ne se font pas, le désir de ne pas se ravaler au rang des valets de chambre pour qui il n’est pas de grand homme leur avaient fermé les lèvres ou retenu la main. Autres temps, autres mœurs, autre conception de la vie en société, autre femme. Ce qu’aucune n’avait fait avant elle, Valérie Trierweiler vient de l’oser, sans pudeur, sans prudence, sans recul, sans retenue, sans élégance, au risque de tomber encore un peu plus bas dans l’estime des Français, avec pour seul motif et pour seule consolation d’entraîner dans sa chute l’homme encore aujourd’hui chef de l’État, ou de ce qu’il en reste. La vengeance est un plat que certains aiment chaud. L’ex-première compagne de François Hollande démolit à coups de masse le mur de sa vie privée et nous invite à pénétrer dans l’ex-chambre quasi conjugale pour y découvrir tout nu et tel qu’il est celui qu’elle a aimé, que peut-être elle aime encore de toute sa haine.

Amoureux transcendant ou amoureux transi, menteur, insensible, cruel, hypocrite, larmoyant, changeant, volage, prenant dans sa vie personnelle comme dans la vie publique des engagements qu’il ne tient pas, gouvernant ses amours – comme la France – à la godille, petit, désespérément petit, tel est le portrait peu flatteur, en dépit des nuances qu’elle prétend y apporter a posteriori, que l’amante, délaissée comme dans la chanson « Au gué vive la rose », pour une plus jeune qu’elle, fait de celui qui l’a trahie. Cette charge nouvelle ne fera pas remonter la cote d’un homme dont la France a déjà divorcé et qui ne s’attendait visiblement pas à ce coup.

Quel événement nouveau, quelle révélation, quelle trahison ont amené Mme Trierweiler à rompre l’armistice qu’elle semblait avoir passé avec M. Hollande et à violer un cessez-le-feu fragile ? C’est ce que nous saurons un jour. Dès à présent, l’auteur de « Merci pour ce moment », livre à sensation tiré à deux cent mille exemplaires et pré-vendu pour cent mille euros, en sort aussi diminué que sa cible. Si le titre n’avait pas déjà été pris par Patrice Leconte pour un film évoquant les intrigues et les grandes ou petites trahisons qui étaient le menu quotidien de la Cour de Versailles à la veille de la Révolution, il aurait très bien convenu à l’ouvrage de dame de Mme Trierweiler : Ridicule !

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